L'urbanisme transitoire a fait beaucoup de chemin depuis le Symposium Montréal transitoire il y a près d'un an. En janvier dernier, la Division du patrimoine et Entremise invitaient 205 personnes pour une réflexion collective de deux jours sur les usages temporaires dans les bâtiments vacants à l'Écomusée du Fier Monde. Cette stratégie transversale y a réuni sept services de la Ville de Montréal et neuf arrondissements. Depuis, les usages transitoires ont été reconnus comme stratégie prioritaire dans le Plan d’action en patrimoine, dans la Stratégie du Centre-ville, par le Conseil jeunesse de Montréal et dans les orientations de nombreux projets immobiliers sur lesquels Entremise travaille actuellement. Cette nouvelle façon de produire l'espace urbain est désormais également une priorité du programme politique de la nouvelle administration au pouvoir!

La Ville de Montréal et le gouvernement du Québec possèdent des milliers de pieds carrés d’espaces vacants. Même si ces locaux sont inutilisés, les contribuables paient des millions de dollars par année pour y assurer l’entretien et la sécurité sans jamais profiter de quelque retombée positive que ce soit. Il est temps de changer les choses et d’offrir ces locaux aux entreprises émergentes qui en ont besoin et qui en feront profiter Montréal. (...) Alors que plusieurs entrepreneurs sont à la recherche de locaux pour faire évoluer leur entreprise, nous allons leur proposer d’occuper des bâtiments publics vacants de façon temporaire. (...) Tout le monde en sortira gagnant. »
— Valérie Plante, cheffe de Projet Montréal et mairesse de Montréal
Photo de Valérie Plante prise lors de sa victoire par Edouard Plante-Fréchette, La Presse

Photo de Valérie Plante prise lors de sa victoire par Edouard Plante-Fréchette, La Presse

Entremise se réjouit de voir que plusieurs des stratégies retenues par la nouvelle administration rejoignent les seize recommendations émises dans l'Avis sur les espaces vacants, réalisé par Entremise pour le Conseil jeunesse de Montréal et remis au Conseil municipal en aout dernier. Les stratégies pour lutter contre l'inoccupation se retrouvent dans plusieurs sections du Programme de Projet Montréal, que ce soit pour valoriser le territoire et le cadre bâti comme composantes essentielles de la culture ou pour protéger le patrimoine montréalais. Parmi les mesures reliées à l'inoccupation ou aux usages temporaires et transitoires de façon explicite, mentionnons les sept suivantes:

  1. Créer un répertoire électronique des immeubles patrimoniaux vacants ou vulnérables, mis à jour sur une base trimestrielle, grâce à une étroite collaboration entre le Bureau du patrimoine et le Bureau de la ville intelligente et numérique;
     
  2. Créer une « division de l’occupation transitoire » pour prendre en charge les terrains et les bâtiments inoccupés et réduire le taux de vacance des locaux disponibles. Cette division sera chargée de travailler avec des organismes en gestion immobilière afin de structurer l’offre et la demande à travers un encadrement balisé et normé;
     
  3. Permettre l’occupation temporaire ou partielle des immeubles patrimoniaux vacants pour en assurer une meilleure protection et un meilleur entretien;
     
  4. Imposer des amendes beaucoup plus sévères aux propriétaires qui entretiennent mal les bâtiments d’intérêt patrimonial dont ils ont la charge ou qui les laissent se dégrader, en s’inspirant de ce qui se fait dans d’autres grandes villes;
     
  5. Créer une taxe sur l’inoccupation des immeubles et s’assurer qu’elle soit plus élevée pour ceux qui sont d’intérêt patrimonial;
     
  6. Encourager le recyclage et la rénovation des bâtiments patrimoniaux afin qu’ils puissent être rapidement offerts à la collectivité à travers la création d’espaces communautaires et de logements sociaux;
     
  7. Exproprier, après un certain temps d’inoccupation, les propriétaires qui entretiennent mal les bâtiments dont ils ont la charge ou qui les laissent se dégrader.

L'urbanisme transitoire étant une stratégie transversale, elle constitue également une plateforme pour faciliter l'atteinte d'une foule d'autres objectifs connexes, que ce soit la création d'ateliers pour artistes, la lutte à l'itinérance ou le support à l'entrepreneuriat. D'ailleurs, Projet Montréal s'est également engagé pendant la campagne électorale municipale à créer 10 incubateurs d'entreprises dans des bâtiments publics vacants. À ce sujet, le journaliste René Saint-Louis de Radio-Canada affirmait cette semaine que "Contrairement à d'autres promesses, comme la ligne rose ou encore la construction de 12 000 logements sociaux, cet engagement devrait pouvoir se concrétiser facilement, à condition de l'adapter un peu." Entremise s'est entretenu avec lui à ce sujet.

Montréal n'est pas la seule ville où la lutte contre l'inoccupation des bâtiments était un enjeu électoral. À New York, Bill de Blasio a été réélu pour un second mandat la semaine dernière en promettant, entre autres, de soutenir l'initiative #HousingNotWarehousing, qui s'oppose à la pratique qui consiste à s'asseoir sur une grande quantité de bâtiments vacants en les maintenant hors marché en attente du meilleur enchérisseur, ce qui contribue à la spéculation immobilière. Plus d'information à propos de cette initiative sur le site de Picture the Homeless.